A LA UNEACTUALITESPolitique

Pierre Atepa Goudiaby: « Nous savons ce que c’est que bâtir une nation »

Le plus célèbre architecte du Sénégal, surnommé le bâtisseur, et par ailleurs président de la Bourse des Valeurs Mobilières de l’UEMOA (la BRVM), brise le silence. Pierre Goudiaby Atépa qui a récemment annoncé sa candidature à la candidature de la présidentielle de 2019, dit tout. Dans cet entretien à bâtons rompus, il épluche plusieurs sujets d'une brûlante actualité. Il s'agit entre autres du fer de la Falémé, des contrats pétroliers et miniers, de la crise Casamançaise, du Ter, de la corruption et de l'indépendance de la justice. Entretien... (Propos recueillis par Siaka NDONG)

Après le faux bond de 2012, pourquoi Atepa est-il candidat à la présidentielle du 24 février 2019? 
Il y a des moments dans la vie, quand vous voyez que votre pays est en danger, vous n’avez pas le droit de vous dérober. C’est pourquoi nous voulons briguer le suffrage des sénégalais. Après 45 ans de bons et loyaux services dans l’architecture et dans les affaires entre autres, nous voulons consacrer 5 ans de notre vie pour entrer en politique, essayer de faire la politique politicos au sens étymologique du terme, c’est-à-dire gérer au mieux les intérêts  la Cité.
Autrement dit, en quoi votre candidature se distingue-t-elle des autres?
Je ne suis pas un homme politique au sens connu du terme. Il y a également que nous pensons qu’ayant une expérience certaine dans le monde des affaires et même de la politique, mais pas de la politique politicienne, nous savons ce que c’est que bâtir une nation.
Où en êtes-vous avec le parrainage citoyen?
Le parrainage pour nous n’est pas un problème. C’est une simple formalité même si tout le monde sait qu’il y a un marchandage inouï, inacceptable et condamnable.  Nous travaillons actuellement sur l’organisation de notre campagne pour que les vérités que nous soutenons puissent être connues de tous. Que ceux qui pensent que les candidats sans parti n’auront aucune chance se  préparent à la surprise de leur vie.
Comment entrevoyez-vous l’avenir du Sénégal?
Les sénégalais ont une chance unique de décoller et d’avoir un des niveaux de revenus les plus élevés d’Afrique, voire du monde, dans les 10 prochaines années. Pourquoi? Parce que grâce à Dieu, notre sous-sol regorge de pétrole, de gaz et d’audres ressources minières importantes.
Pouvez-vous être plus explicite dans votre raisonnement?
Le pétrole, ce n’est pas que l’essence, comme on le pense communément. L’essence, c’est 48% du pétrole. Or avec les 2% qui constituent les matières pétrochimiques, c’est-à-dire les dérivés du pétrole, nous pouvons créer environ un million d’emplois. Je dis bien un million d’emplois et je pèse bien mes mots. Nous allons créer ce que nous avons appelé Petropolis, la ville du futur, la ville du pétrole,du côté de Potou. C’est dans la région de Louga.
Il se sussure que le pouvoir veut brader le fer de la Falémé. Vous en avez fait l’écho dans une lettre ouverte au président de la République. De quoi s’agit-il exactement?
Sur cette affaire des mines de la Falémé que le pouvoir a tenté de brader aux Turcs, voici mon explication. On pouvait imaginer il y a 3-4 ans, avant la découvert du pétrole, qu’on pouvait effectivement vendre notre minerai brut. Maintenant nous avons du pétrole et du gaz, surtout du gaz. Cela veut dire que nous allons avoir toute l’énergie nécessaire pour transformer pratiquement tout ce que nous voulons. Ça veut dire quoi? Ça veut dire que nous avons du minerai de fer. Il est hors de question de le vendre en l’état. Nous devons le transformer, créer ainsi de la valeur ajoutée à notre économie, qui se traduira par la création de nombreux emplois.
Qu’est-ce qui fait la spécificité de ce fer de la Falémé?
Le fer que nous avons à la Falémé a une teneur d’à peu près 60%. Ça veut dire que si vous prenez un kilo de minerais,  vous avez à peu près 600g de fer. Ce fer-là, pour l’obtenir, il faut de l’énergie que nous allons obtenir dans 3-4 ans. Transformé, vous avez du métal que vous pouvez vendre à 600 $ la tonne au lieu de 60 $. C’est-à-dire 10 fois plus. C’est pourquoi le bon sens veut que nous puissions transformer notre fer au lieu de le vendre en l’état. Les réserves sont évaluées à 750 millions de tonnes. La tonne coûte 60 dollars, ce qui se traduit par un potentiel de 45 milliards de dollars. Pourquoi alors vouloir le bazarder à 2 milliards de dollars? C’est ce qui explique notre farouche opposition à ce contrat qui est purement et simplement qu’un bradage. Quand vous avez quelque chose devant vous qui a une valeur de 45 milliards de dollars, vous ne le bazardez pas à 2 milliards. Allons plus loin. On vous dit que vous avez une teneur de 60%. Ça veut dire que sur les 750 millions de tonnes, il y a 450 millions de tonnes de fer possible. Or les 450 millions de tonnes vendus à 600 dollars la tonne, cela représente un potentiel de 270 milliards de dollars. Mais je voudrais que ceux qui m’écoutent, y compris les dirigeants, viennent me dire que ce que je dis n’est pas vrai. Je suis heureux que plus d’une dizaine de candidats à l’élection présidentielle aient répondus à mon appel dès qu’ils ont compris quels étaient les enjeux. Je vois plus loin en vous disant que vous avez des alliages que vous pouvez obtenir avec le fer, vous pouvez par exemple, en y ajoutant d’autres matières, transformer le fer en acier inoxydable. Or l’acier inoxydable est vendu à 2800 dollars la tonne. Si nous prenons 20% de 450 tonnes, ça vous fait 90 millions de tonnes d’acide inoxydable, soit une valeur de 256 milliards de dollars. Ces chiffres vous donnent donc la mesure des enjeux. Autre chose : avec le Nepad, c’est plusieurs milliers de Kilomètres de chemin de fer qu’il faudra construire. Le Sénégal se positionnera donc comme un pays producteur de rail de chemin de fer grâce au fer du Sénégal. C’est ça le développement.  Et les gens du pouvoir veulent brader notre minerai parce qu’ils n’ont rien compris.
Président pouvez-vous nous levez un coin du voile sur votre programme de campagne?
Nous avons 5 grands projets dans notre programme.  Nous voulons faire 5 ans et préparer la jeunesse. Nous voulons revoir la mentalité de l’homo sénégalensis. Nous voulons instaurer le service militaire sous forme de service civique. Nous voulons également réviser tous les contrats pétroliers et miniers qui ont été signés. Tous ceux qui ont fait des magouilles pour signer des contrats doivent savoir que tout va être révisé. Nous allons également faire de l’éducation une sur priorité rendre l’école obligatoire à partir de 5 ans et bâtir ainsi les fondations d’un vrai développement pour que notre PIB puisse dépasser les 60 milliards dans les 10 ans .
Un mot sur la nouvelle ville de Diamniadio?
C’est une bonne chose, même si Diamniadio est en train de se faire pratiquement sans les sénégalais.
Que pensez-vous de la justice de notre pays?
Je ne suis pas trop fier de la justice de mon pays. Un pays dans lequel la justice ne marche pas ne peut pas aller vers le développement.
Êtes-vous optimiste pour une paix durable en Casamance? 
Il me semble que l’État est en train de faire de bonnes choses. C’est à saluer. Si tout le monde accepte de se mette autour de la table, on trouvera une solution heureuse à cet épineux problème.
Le Président de la République avait annoncé un train pour la Casamance avant d’opter pour le Ter. Comment pouvez-vous expliquer cette volte-face? 
Cette affaire du Ter, c’est peut-être le scandale du siècle. C’est le même coût que le projet du train Ziguinchor, Kolda, Tamba Dakar. J’ai les études qui nous ont été offertes par les indiens, il y a plus de 10 ans. J’en veux au pouvoir. Parce que le Président Macky Sall lui-même à Ziguinchor devant moi et devant les populations avait promis le train. Ils m’ont donné un mandat. J’ai fait ce que je devais faire. J’ai donné la proposition. Et le Président me dit qu’il ne l’a jamais reçue. Le Ter,  c’est une aberration. Il ne peut pas aller vite. Il ne peut pas aller vite s’il fait 35 kilomètres et s’arrête 15 fois.
Dans votre programme, il est question de lutter aussi contre la corruption. Pourquoi? 
Le point le plus important de notre programme, c’est de mettre fin à la corruption qui devient endémique dans ce pays. La corruption nous coûte plus d’un milliard de dollars par an. Ce sont des experts qui l’ont calculé. Rien qu’en jugulant la corruption, ce sont tous les petits sénégalais qui pourront aller à l’école.
Si vous êtes élu Président, à combien pourriez-vous estimer le budget de l’Etat du Sénégal? 
Le budget en fait ne veut rien dire, je vous ai parlé du Produit Intérieur Brut que je vais doubler à la fin de mon premier et unique mandat.

Articles similaires

Leave a Reply

Fermer